S'il y a bien une chose dont il est difficile de parler à propos de la schizophrénie, c'est la honte. Personnellement, j'ai pris le partis de ne plus m'y attacher et d'assumer mes comportements décalés ou délirant parce que si je devais en avoir honte, je ne pourrais plus sortir.
Pour illustrer mon propos, je vais partir d'une anecdote simple : Cet après-midi je suis allé avec ma femme à la pharmacie renouveler mon ordonnance. Elle a pris en plus une crème de massage chinoise qui s'appelait "le baume du tigre". Bien que conscient qu'un tel produit ne pouvait être commercialisé en France en étant fait à partir d'extraits de tigre mais certains qu'à l'origine il devait l'être, je n'ai pas pu m'empêcher de lancer la question "ce n'est plus fait à base de tigre ?" qui allait de soi et qui n'aurait même pas dû être posée... Mais j'avais envie que la pharmacienne me réponde non et précise ensuite avec quoi cette crème était en réalité faite comme si chaque pharmacien était capable de citer l'origine des principaux composant de tous leurs produits... Comportement étrange s'il en est qui s'est soldé par un rire de la pharmacienne et des remontrances de ma femme.
Sur le coup, Hélène a eu honte de moi parce que ça la faisait passer pour la femme d'un neuneu, ce qui n'est pas très reluisant. Pourtant, comme essayait de lui dire ma psy mardi dernier, il est difficile de lutter ou gommer certains aspects excentriques qui me marginalisent parce qu'ils font partie de ma personnalité et qu'il y a des limites à ce que le traitement ou la psychothérapie peuvent traiter.
De fait, les situations au cours desquelles je devrais avoir honte sont plutôt nombreuses. Parfois je m'en rends compte, parfois non, souvent trop tard lorsque le mal est fait. D'où le sentiment attendu d'avoir honte. Mais ces situations sont si nombreuse qu'en tant que personne normale il faudrait avoir honte tout le temps !
Aussi ai-je pris le parti de m'accepter tel que je suis et d'assumer mon décalage, ma folie. Ce n'est pas toujours facile à vivre pour moi et mon entourage, surtout face à des inconnus contre lesquels je suis censé me comporter en personne normale, ou du moins ne pas leur donner des indices que je suis malade. Mais c'est la seule solution. Ou du moins, j'essaye de limiter les dégâts devant ces dernières personnes, et de lâcher du lest devant les autres.
La honte serait sans doute total si j'étais un légume assommé par mon traitement et végétant entre deux hospitalisations sans oser sortir par peur de la société à laquelle je ne comprendrais rien et qui ne voudrait pas de moi. Par chance, j'ai quelques éléments de fierté : ce blog et la photo. Sans compter mon statut social et l'amour de ma femme. Ces éléments me donnent le sentiment que je n'ai pas tout raté dans ma vie et que je suis d'une certaine manière utile à la société. C'est très important ce sentiment, parce que c'est le meilleur moyen de lutter contre la honte de la maladie !
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire