Étant dit que je n'arriverai pas à lire de la journée, ou plutôt que je tiens à déguster dans de bonnes conditions le passage dramatique qui s'annonce dans le livre que je suis en train de lire, je m'attaque à la rédaction de la lettre que je t'avais promise il y a quelques semaines en réponse à ton témoignage de foi dont tu m'a envoyé un exemplaire.
Ce n'est pas facile de parler religion comme ça. Je n'ai pas appris à le faire. Dans ma famille, on va à la messe et si on n'est pas content, on se tait. Ou alors on critique, comme mon père, mais on y va quand même. D'ailleurs, l'essentiel n'est pas de croire mais d'y aller et de se comporter en bon chrétien. Le reste, on s'en fiche, chacun croit comme il veut, la foi de ma mère n'étant pas la même que celle de mon père et celle de ma sœur différente de celle de ma Grand-Mère...
Moi, j'ai commencé à arrêter de pratiquer très progressivement. Au départ, j'ai commencé à grappiller : messe trop tôt pour l'adolescent fatigué de sa semaine d'internat par exemple. Puis j'ai arrêté de participer à l'eucharistie : j'avais l'impression que les gens ne le faisaient que pour se dégourdir les jambes et par automatisme sans véritablement investir ce moment fort de la messe de toute sa charge spirituelle.
A cette époque aussi, j'ai commencé à douter. Je suis devenu agnostique. La principale raison était que si l'on considérait que le catholicisme était la seul voie de salut admissible, alors toutes les autres religions étaient invalidées, et ça, je ne pouvais pas l'admettre. Qu'est ce qui me prouvait que les catholiques aient plus raisons que les bouddhiste asiatiques ou les les chamans indiens ?
Bien-sûr, ce n'est qu'un point de désaccord parmi d'autres, mais le fait qu'à cette époque ils avaient tendance à se multiplier, et qu'avec mes études d'histoire mon antipathie pour l’Église ne s'est pas arrangée. Sous l'influence d'une prof, je suis même devenu philosémite. Mais j'ai eu aussi l'occasion de voir le monde musulman sous un autre jour, où ils passaient pour les gentils et nous (les chrétiens médiévaux) pour des méchants...
Bref, avec le recul, j'ai appris à voir le monde chrétien sous un regard beaucoup plus critique que certaines personnes, comme par exemple Denis Tillinac...
Oui, parce qu'avant tout, mon problème de foi est certainement un problème de civilisation. J'ai du mal à adhérer aux idéaux de la civilisation catholique. Ce qu'elle a fait des précolombiens est selon moi inexcusable. J'aurais aimé me tourner vers d'autres branches du christianisme mais elles ne sont guère mieux. Et si on cherche bien, on peut trouver des puces dans chaque religion.
Après, il reste c'est vrai le problème de la foi en elle même. Je pense qu'il vaut mieux que je le réserve pour un prochain article pour faire une pause et ne pas vous décourager par un pavé indigeste.
A suivre...