Pendant longtemps, je me suis enfoncé dans la maladie, et ce depuis avant même ma grosse décompensation à la fin de mes études, jusqu'à il y a peu. Et puis il y a eu le travail des infirmiers en hôpital de jour qui a commencé à porter ses fruits, pour finir avec le coup de pouce de ma psy qui a semble-t-il trouvé la bonne molécule -la loxapine- pour me stabiliser.
Une de mes plus grosses réussites pour l'instant, constitue l'arrêt définitif du xanax, un benzodiazépine anxiolytique que je prenais depuis ma tentative ratée de l'abilify, un neuroleptique de dernière génération vendu parce qu'il ne faisait pas grossir contrairement à ses pairs mais qui provoquait chez certains de ses patients -dont moi- des angoisses. J'ai très vite arrêté l'abilify, mais j'ai mis quatre à cinq ans (je ne m'en souviens plus précisément) à arrêter le xanax, avec parfois des angoisses telles que j'ai même pris en parallèle du lexomyl, un autre classique des benzo...
A l'abilify a succédé un autre neuroleptique, le zyprexa qui lui agit aussi sur les troubles de l'humeur. Il me va assez bien en parallèle du lithium, le principal thymorégulateur. Mais je le prenais à sa dose maximale et ma femme ne le voyait pas d'un très bon œil à cause du risque élevé de développer du diabète...
Pendant ce temps là, et depuis mon hospitalisation dans un service universitaire spécialisé dans les troubles de l'humeur, je prenais toujours du lithium, en m'efforçant de rester dans sa fourchette thérapeutique, c'est à dire entre "pas assez" et "toxique". Pour être franc, ce n'est que la dernière fois que j'ai dépassé le seuil de toxicité, la norme étant plutôt chez moi dans la fourchette basse. Difficile d'évaluer sa véritable efficacité, mais même si au pire il n'agit qu'en simple placebo, on peut dire que si je ne me suis que rarement vu dépressif au point de passer à l'acte (encore faudrait-il que mes idées suicidaires soient le fait de la dépression, ce dont j'émets quelques réserves) ou que si je n'ai jamais viré maniaque, alors on peut espérer que c'est grâce à lui.
Je me suis aussi longtemps cru, aidé en cela par le personnel de l'hôpital qui m'a accueilli, sensible aux antidépresseurs et aux excitants. N'étant pas un dépressif issus de la névrose, je pense légitime d'avoir très vite abandonné les antidépresseurs. Par contre, j'ai évité la caféine sous toutes ses formes, dont le thé et le coca au point d'avoir jeté avec regrets quelques boîtes de thés de collection d'origine russe. Ce n'est que depuis quelques mois, après moult controverses que je m'y suis remis, et avec bonheur.
C'est là qu'est arrivé le loxapac. Ma psy me l'a proposé au début de l'année parce que je voulais mieux contrôler mes angoisses sans augmenter le xanax en m'épargnant la hausse de ses effets secondaires qui étaient assez gênants, ce qui m'aurait mené dans une impasse. On y est donc allé prudemment mais les premiers résultats ont été suffisamment encourageants pour m'inciter à baisser progressivement le xanax, jusqu'à l'annonce de la semaine dernière où je tentais d'arrêter définitivement le xanax tout en rééquilibrant le zyprexa et le loxapac vers un point d'équilibre encore à trouver, sachant qu'on peut s'arrêter là, c'est à dire avec les deux à des doses moyennes ou avec un majeur et un mineur.
Les résultats de cet aménagement sont prometteurs. Je suis beaucoup moins assommé par mon traitement et j'arrive à me coucher plus tard... mais toujours pas à me lever plus tôt. Je pense que ce dernier point ne sera pas résolu par le traitement mais plutôt par la psychothérapie. Je retrouve ainsi plus d'énergie et j'ai plus de gnac. Je me laisse moins faire et moins marcher sur les pieds. Je suis plus combatif durant les disputes. Je retrouve aussi le goût de vivre avec plein de projets si j'arrive encore à progresser et je me remet à lire ou à voir des livres ou des films qui demandent beaucoup de concentration.
J'ai l'impression que je peux de nouveaux faire surface après près de dix ans à m'enfoncer dans la maladie. Ce serait si bien si je pouvais reprendre le volant ! Je pourrais alors envisager à moyen terme de travailler en milieu protégé dans un ESAT et sortir de cette fatalité qui m'enfonce dans cette dépendance financière de l'aide sociale et de mes proches en faisant de moi une personne à charge !
Et puis même si l'ESAT est encore loin, ce serait une victoire de pouvoir me rendre à l'hôpital de jour par mes propres moyens sans prendre le VSL !
Bon, tout ça n'est pas pour demain, loin s'en faut, mais c'est un espoir que je caresse...
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