vendredi 4 mai 2012

Je suis "schizophrène"

C'est presque avec surprise que j'ai entendu ma psychologue ce matin me glisser en introduction à une réflexion sur ma pathologie que j'étais schizophrène, et ce le plus naturellement du monde comme si c'était un "anti-scoop".

Et c'est vrai que ça n'avait rien d'un scoop, et elle savait que je le savais, raison pour laquelle elle l'a dit sur ce ton.

En fait de le savoir, je savais surtout que mon diagnostic se baladait surtout entre deux pathologies : la psychose maniaco-dépressive et la schizophrénie. J'ai en effet reçus le diagnostic de bipolaire lors de mon hospitalisation en 2005. Il a ensuite évolué avec l'émergence de symptômes schizophréniques qui ont ramené l'aiguille au niveau de ce qu'on appelle "le trouble schizoaffectif" entre les deux. Là, c'est la première fois qu'elle pointe franchement sur la schizophrénie avec des troubles minoritaires de l'humeur.

Mais ce qui m'a surpris, c'est la facilité avec laquelle elle le dit, comme une évidence et une réalité avec des mots pour les désigner ! Parce que d'habitude, un psy, qu'il soit "psychiatre" ou "psychologue", les deux seuls habilités à donner un diagnostic à la réserve près que si les deux ne sont pas d'accord entre eux, c'est l'avis du premier qui prime, ont beaucoup de réticences à délivrer un diagnostic !

Chez certains, c'est presque même un mot tabou. Ils cherchent le moindre prétexte pour ne pas le donner, s'excusant de ne pas vouloir enfermer le patient dans une étiquette stigmatisante. Les gens seraient effrayés à la simple vue de ce mot comme si c'était le diable avec tous ses préjugés. Il faut reconnaître que si tout d'un coup je faisais mon coming out schizo sur Facebook, je serais pratiquement assuré de perdre la moitié de mes contactes dans l'heure qui suit !

Mais là n'est pas l'essentiel : recevoir un diagnostic, c'est aussi savoir contre quelle maladie on se bat ! Il vaut mieux se battre contre une maladie que contre un médecin qui préfèrerait se faire damner que de le donner... Il faut ainsi parfois savoir appeler un chat un chat, parce qu'un chat, ce n'est pas un chien même si tout les sont des animaux de compagnie qui laissent des poils sur le canapé ! C'est quand même utile de savoir que ces poils viennent d'un chat ou d'un chien et pas l'inverse !

Aussi ai-je apprécié qu'elle me l'ai dit aussi naturellement et sans fausse pudeur. Au moins les choses sont claires. Je sais qu'elle sait, et elle sait que je sais : je fais donc partie de cette fraction de la population que l'on appelle les "schizophrènes" et ça fait du bien de le dire.

Ite misa est.

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