Ce matin, je me sentais très mal. J'avais envie de pleurer de souffrance comme à la mort de Grand-Mère. Je n'arrivais toujours pas à encaisser cette histoire d'AAH je me lamentais de ne plus pouvoir lire. J'en avais vraiment marre de cette vie sans pouvoir me résoudre à y mettre fin par décence et respect pour mes proches : après tout ma femme n'a-t-elle pas fait de gros efforts pour atténuer sur moi l'impacte financier de la baisse des allocations ? Et puis, même si c'est plus anecdotique, n'a-t-elle pas commandé pour moi les DVD de l'âge de glace, une trilogie de films d'animation humoristique pour me changer des Tarkovski ? Ne devrais-je pas attendre qu'on les ait reçus et revus pour savoir si j'ai toujours envie de mourir ?
Et puis, ne serait-ce pas bégueule de faire ce bras d'honneur à toute cette équipe médicale qui m'entoure et qui essaye, malgré des moyens pas toujours à la hauteur de leurs ambitions, de me faire aller mieux ?
J'ai toujours ces pensées qui s'imposent en faisant référence à ma mort. Plus forcément par suicide mais par la maladie par exemple. Le cancer est un grand classique. Dans une autre vie, cela aurait pu être le Sida, mais ce n'est pas ma vie. Et puis le cancer me va si bien ! Le pire, c'est que je ne suis même pas persuadé de l'avoir, maintenant ou dans un futur proche. C'est juste une facilité scénaristique, une maladie que je ne méconnais pas trop...
Quelque chose de significatif aussi, c'est que lorsque je suis obnubilé par ma mort, je suis trop malade pour penser à celle de ma femme : pour penser à la sienne, il faut que je me sentes assez fort pour lui survivre, ce qui n'est évidement pas le cas lorsque je suis mal. Je me reporte donc sur la mienne comme si je finissais de me consumer.
C'est très dur à vivre.
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