Lettre à Grand-Mère
Villefranche de Rouergue, le 24 février 2012
Ma chère Grand-Mère,
Te souviens-tu de ce jour du 26 février 2011 ? Nous
étions tous là réunis autour de toi pour fêter tes 100 ans et un jour. Demain
tu en aurais eu 101. Mais Dieu t’a
rappelée à lui. Ce n’est pas que je sois redevenu dévot, mais j’aime bien cette
formule qu’on lit régulièrement sur les avis de décès… « Dieu nous
rappelle à lui » ! Oui, il nous met au monde, et comme dans
l’antiquité grecque avec Anastase qui coupe le fil de la vie, c’est lui qui
décide quand nous devons le quitter pour le rejoindre. C’est alors qu’une
deuxième vie commence… Laquelle ? Nous, pauvres terriens nous ne le savons
pas mais toi qui es au ciel, j’espère que tu en jouis comme Grand-Père, sorti
de son lit médicalisé, comme Tante Germaine, sortie de son fauteuil roulant.
Comme tant d’autres avant toi.
8 Décembre 2011. Un coup de fil dans la soirée. Tu venais de
nous quitter. C’est bizarre mais j’aurais presque eu envie de dire « en
avance » alors même que ce n’est pas donné à tout le monde. Même la
voisine s’est vue refusée ce titre de centenaire. 99ans. C’est comme échouer à
la quatrième place d’un podium. Toi, tu as eu cette chance mais j’ose imaginer
que les débats ont été rudes entre Dieu, St Pierre et Anastase pour savoir
quand te faire monter au ciel ? Tu avais l’âme des centenaires,
c’est-à-dire de ceux qui vivent pour donner foi à ceux qui défaillent et
doutent de la vie, comme pour nous dire
que c’est cette vie sur la Terre qui compte le plus, avant celle des cieux où
se retrouvent ceux qui au contraire meurent pour nous et sacrifient leur vie
pour sauver la nôtre !
Dire ça de ma bouche est très important parce que c’est
grâce à toi que j’ai réussi à surmonter certaines épreuves de la vie, la
mienne. Combien de fois aurais-je sombré si je n’avais pas pensé à toi et à la
leçon (l’exemplum au moyen-âge ) de vie que tu nous as donné ? De quelle
force de caractère tu faisais preuve pour tenir tête à Dieu et lui dire :
« non, je ne suis pas encore prête ! Il y a des gens qui ont
encore besoin de moi sur cette Terre et qui ont besoin d’avoir foi dans la
vie !» Les débats ont dû être houleux dans le ciel. Finalement tu as gagné
puis tu es morte comme tu le voulais, c’est-à-dire entourée de tes proches,
doucement et non dans la solitude d’une chambre à coucher. Et en plus, Dieu t’a
accordé une faveur, celle de connaître pendant quelques jours l’existence de ta
première arrière-petite-fille. Peut-être aurais-tu préférée avoir le temps de
la voir autrement qu’en photo, mais l’essentiel est là : tu es partie rassurée
que la relève était bien là pour transmettre le témoin des générations…
Ainsi se boucle la boucle de la vie…
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