lundi 27 février 2012

Lettre à ma Grand-Mère, version finale


Lettre à Grand-Mère
Villefranche de Rouergue, le 24 février 2012

Ma chère Grand-Mère,

Te souviens-tu de ce jour du 26 février 2011 ? Nous étions tous là réunis autour de toi pour fêter tes 100 ans et un jour. Demain tu en aurais eu 101. Mais Dieu  t’a rappelée à lui. Ce n’est pas que je sois redevenu dévot, mais j’aime bien cette formule qu’on lit régulièrement sur les avis de décès… « Dieu nous rappelle à lui » ! Oui, il nous met au monde, et comme dans l’antiquité grecque avec Anastase qui coupe le fil de la vie, c’est lui qui décide quand nous devons le quitter pour le rejoindre. C’est alors qu’une deuxième vie commence… Laquelle ? Nous, pauvres terriens nous ne le savons pas mais toi qui es au ciel, j’espère que tu en jouis comme Grand-Père, sorti de son lit médicalisé, comme Tante Germaine, sortie de son fauteuil roulant. Comme tant d’autres avant toi.
8 Décembre 2011. Un coup de fil dans la soirée. Tu venais de nous quitter. C’est bizarre mais j’aurais presque eu envie de dire « en avance » alors même que ce n’est pas donné à tout le monde. Même la voisine s’est vue refusée ce titre de centenaire. 99ans. C’est comme échouer à la quatrième place d’un podium. Toi, tu as eu cette chance mais j’ose imaginer que les débats ont été rudes entre Dieu, St Pierre et Anastase pour savoir quand te faire monter au ciel ? Tu avais l’âme des centenaires, c’est-à-dire de ceux qui vivent pour donner foi à ceux qui défaillent et doutent de la vie,  comme pour nous dire que c’est cette vie sur la Terre qui compte le plus, avant celle des cieux où se retrouvent ceux qui au contraire meurent pour nous et sacrifient leur vie pour sauver la nôtre !

Dire ça de ma bouche est très important parce que c’est grâce à toi que j’ai réussi à surmonter certaines épreuves de la vie, la mienne. Combien de fois aurais-je sombré si je n’avais pas pensé à toi et à la leçon (l’exemplum au moyen-âge ) de vie que tu nous as donné ? De quelle force de caractère tu faisais preuve pour tenir tête à Dieu et lui dire : « non, je ne suis pas encore prête ! Il y a des gens qui ont encore besoin de moi sur cette Terre et qui ont besoin d’avoir foi dans la vie !» Les débats ont dû être houleux dans le ciel. Finalement tu as gagné puis tu es morte comme tu le voulais, c’est-à-dire entourée de tes proches, doucement et non dans la solitude d’une chambre à coucher. Et en plus, Dieu t’a accordé une faveur, celle de connaître pendant quelques jours l’existence de ta première arrière-petite-fille. Peut-être aurais-tu préférée avoir le temps de la voir autrement qu’en photo, mais l’essentiel est là : tu es partie rassurée que la relève était bien là pour transmettre le témoin des générations…

Ainsi se boucle la boucle de la vie…

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