"Tu crois savoir" est l'une des pires objections que j'ai reçus de la part de mon père durant nos disputes.
A l'époque, j'étais encore étudiant en Histoire et mes relations avec ma famille, surtout mon père était orageuse. Il est viticulteur, à la retraite depuis, mais il a aussi toujours cherché à se cultiver, que ce soit dans les sciences dures -sa formation et son domaine de prédilection- , la botanique, rapport à la vigne, ou les sciences humaines. Il est ainsi resté longtemps abonné à des revues historiques avant d'y mettre fin a priori pour des questions budgétaire ou de temps, parce qu'il en faut beaucoup pour tout digérer. Mais rarement des livres, et encore moins de grands historiens. Juste de la presse spécialisée.
Le problème en histoire, c'est lorsqu'elle est écrite par des journalistes, ce n'est pas le même niveau que lorsqu'elle est écrite par des universitaires comme dans mes cours et les sources dont ils découlent. Il est donc difficile de mettre à égalité savoir de vulgarisation et savoir universitaire. Pourtant, ça n'a jamais dérangé mon père qui prétendait connaître mieux que moi les sujets d'histoire que j'avais étudié sur le simple fait qu'il avait lu dessus depuis plus d'années que moi dans la presse, et des articles qui devaient sans doute être périmé. Je précise sur ce dernier point que l'historiographie n'est jamais figée comme dans les sciences dures et qu'il faut constamment la réactualiser, comme le font les rédacteurs d'un mensuel écrit par des universitaires et destiné à des étudiants de premier cycle qu'il n'a jamais essayé de lire à mon grand regret même lorsque j'y étais abonné.
Et c'est là que ces mots : "tu crois savoir" sont cruels lors d'une dispute ! En effet, plutôt que de reconnaître que j'en sais plus que lui, il préfère nier ma supériorité intellectuelle en objectant qu'en fait je ne sais rien, mes sources ne valent rien et que seules comptent les siennes. C'est un moyen de défense classique chez lui qu'il a encore appliqué lors de nos dernières vacances chez lui. Il dévie. Il frappe de travers. Il serait prêt à tout pour ne pas être pris en défaut et perdre la face. Il est têtu ! Il doit avoir un complexe d'infériorité né de l'échec de la fin de ses études qu'il a abandonnées sous le prétexte de migraines. Mais il faut être aveugle pour ne pas y voir le symptôme d'une psychose ou de quelque chose comme ça que peut repérer n'importe quel observateur attentif et indépendant (n'est-pas ma sœur ? Si tu ne veux pas te brouiller définitivement avec moi, tu sais ce que tu ne dois pas faire !).
Bref, le fait qu'il ait dû abandonner ses études plus tôt que tout le monde dans le reste de sa famille, y compris son cher fils schizo a du lui donner l'impression qu'il est plus nul que les autres -je ne me risquerais pas à évaluer ses compétences dans les sciences dures auxquelles je ne prétends à aucunes compétences- ce qui l'a amené à compenser en se cultivant beaucoup dans certains domaines, dont certains dans les sciences humaines. Malheureusement, il est loin d'avoir tout compris... Mais bon, passons.
Il faut ajouter qu'il aime être "Père", c'est à dire celui qui apprends à son enfant. Il adore jouer ce jeu et je le comprends. C'est valorisant, mais lorsque le fils a trente ans, pris son autonomie et lu autant que lui, c'est moins drôle. J'ai un âge auquel je suis capable de me débrouiller tout seul, surtout dans ce domaine. Yahoo! (pour changer de Google) est mon ami ! Lui, non. Il n'a pas d'ordinateur et en refuse parce qu'il a peur de ne pouvoir s'y adapter. Charmant ! Il ne supporte donc pas d'être contredit par plus jeune que, a fortiori si c'est son fils et que c'est un domaine sur lequel il lu deux lignes...
Reste que malgré nos disputes, je ne me suis jamais brouillé avec lui et que lorsque je tombe sur lui au téléphone, on peut rester des heures à discuter librement de tout et sans aucune animosité. Je crois qu'au fond il m'aime même si c'est difficile pour lui de l'exprimer...
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