mardi 8 mars 2011

Texte sur ma relation à la mort

Bonjour,

Je vous livre ici in extenso un texte que j'ai écrit en novembre 2009 à l'intention du personnel soignant de l'Hôpital de Jour de l'époque, à F. :



Je suis né dans une maison où il y avait autant de personnes âgées que d'enfant, en plus de mes parents. J'ai toujours connu ma Tante G. dans son fauteuil roulant et susceptible de mourir dans la semaine qui venait. Elle est morte en 1991 dans son lit vers 20h un vendredi, le 2 février. J'avais presque 11ans . C'était la sœur ainée de ma Grand-Mère paternelle, qui possédait la maison familiale avec mon Grand-Père. Ma Tante G. a pratiquement toujours été malade, ne s'est jamais mariée et a toujours vécu dans la famille.

J'ai assisté à son enterrement, très émouvant, mais ce n'était pas mon premier. En effet, à l'âge de 7ans, j'étais allé à Paris à celui d'un frère de mon Grand-Père paternel, grand oncle que je n'avais pratiquement jamais connu mais cet événement ne m'a pas trop choqué parce que j'étais trop jeune et que dans cette branche de la famille les enterrements sont « heureux ». D'autre part, ce voyage durant les vacances scolaires d'été était plus une prétexte pour nous donner l'occasion à mon grand frère et moi de de faire un voyage et de voir de la famille que rendre hommage comme mon Grand-Père à son frère.

Après la mort de ma Tante G., nous avons eu quelques années de répit. Mes Grands-Parents ont fêté leurs noces d'or et les 90 ans de mon Grand-Père en 1994. C'était notre dernière grande réunion de famille avant le déclin de ce dernier. Il a commencé à décliner lentement avec la maladie de Parkinson, ainsi que d'autre symptômes de sénilité qui l'ont mené petit à petit dans un lit médicalisé dans sa chambre qu'il n'a plus quitté les trois dernières années de sa vie. Il n'était pas beau à voir et sa mort tranquillement, sans dernières souffrance, est venue comme soulagement pour lui et nous tous. C'était en 1999. Je ne me souviens plus des obsèques proprement dites mais je me souviens que c'est à cette occasion qu'une cousine de mon père avait fait la remarque sur les enterrements joyeux dans la famille parce que c'était l'occasion de se revoir et de se retrouver ensemble.
Plus tard, ma mère devait faire la remarque à une cousine qui habitait l'autre extrémité des L., donc pas trop loin par rapport au reste de la famille qu'elle aimerait les voir à d'autres occasions que lors d'enterrement... un an plus tard, cette cousine mourrait vers les 65 ans d'un cancer sans qu'on n'ai eu l'occasion de la revoir avant. Cette anecdote m'a beaucoup marqué.

Entretemps, mon Grand-Père maternel est mort au milieu des années 90' je ne m'en souviens plus précisément, ni de l'année (j'étais au collège) ni de son âge. Là aussi, j'ai bien encaissé sa mort, d'autant plus qu'il est mort plus vite que les autres mais tout en déclinant pendant les quelques mois qui ont précédé sa fin. Ils vivaient en D., on les voyait régulièrement mais je ne me sentais pas d'affinités avec cette branche de la famille à tel point que j'étais brouillé avec ma tante et ma Grand-Mère maternelle lorsque cette dernière est morte au début des années 2000 dans un état de sénilité très avancé depuis leur déménagement un ou deux ans auparavant pour se rapprocher de ma tante, elle et mon oncle handicapé n'étant plus autonomes. Je ne suis donc pas allé à son enterrement.

H. est moi nous sommes mariés en décembre 2006. C'est la dernière grande réunion de famille à laquelle ait participé ma Grand-Mère, donc mon dernier Grand-Parent, à l'âge de 95 ans puis elle a commencé à cumuler les petits ennuis de santé. C'est ainsi qu'elle a finit par être elle aussi équipée d'un lit médicalisé, mais contrairement à mon Grand-Père, elle s'accrochait à la vie pour essayer de marcher un tout petit peu avec l'aide d'un déambulateur et son fauteuil roulant derrière au cas où elle ne pourrait pas continuer. Mais depuis peu, de nouveaux problèmes respiratoires l'ont obligé à renoncer à cet exercice et il n'est pas sûr qu'elle atteigne ses 99 ans en février prochain.


Je crains la mort de ma Grand-Mère parce que dans ma famille, c'est l'ancêtre, le plus vieux représentant de ma famille et le dernier de tout une génération qui est née avant la seconde Guerre Mondiale, un témoins important du passé dont je n'ai pas vraiment pu profité avec les autres. C'est aussi la Matriarche, celle qui possède la maison familiale dans laquelle j'ai grandis et le lien avec le reste la famille, en particulier mon oncle, son autre fils qui vit en région parisienne.

J'ai donc toujours vécu avec la possibilité qu'un proche puisse mourir à brève échéance. Cet état de fait a fini par me ruiner sans que je m'en rende compte. Cela a d'abord commencé par l'idée délirante que je devais me marier pour accomplir un destin, celui de la mort d'H. ou la mienne. C'était aussi une façon de me projeter dans l'avenir avec d'autres femmes qu'elle parce que j'ai toujours regretté de ne pas en avoir connu avant elle et que je l'aime trop pour me séparer d'elle et divorcer, même en ayant une maitresse. La seule façon de me débarrasser d'elle dans ma vie imaginaire sans la remettre en cause était donc de la faire mourir. Mais ce n'était pas du désamour, juste un jeux de scénario dans lequel chaque personne n'est qu'une marionnette. De toute façon, je ne fais jamais intervenir mes proches dans ma vie imaginaire : aucuns parents actifs. Tous morts ou n'ont jamais existé...

J'ai dû avoir mes premières idées suicidaires à la fin du collège et au début du lycée. Rien de grave, juste un passage difficile, le syndrôme du homard à l'adolescence, la difficulté à surmonter le changement déjà, un sentiment d'impasse parfois. Elles ont commencé à devenir sérieuse à la fin de mon année spéciale d'IUT des métiers du livre à B., deux ans après ma maîtrise d'Histoire et mes premières alertes de dépression. Ma capacité de travail avait décliné progressivement au point de rendre la rédaction de mon mémoire de fin d'année très difficile. Je commençais à être malade mais je ne me rendais pas compte. C'est ainsi que mes correcteurs à la soutenance de ce mémoire m'ont littéralement assassiné ce qui a déclenché une grave dépression et si H. n'avait pas été là, j'aurais sans doute mis à exécution mes idées suicidaires.

En mars 2005, je me sens trop mal pour continuer comme ça. Ma conseillère à l'emploi m'emmène aux urgences psy de ma ville qui me trouvent une place dans un service spécialisé dans les troubles bipolaires. J'y reste trois semaines. Je vais mieux mais je garde toujours en filigrane des pensées suicidaires sans jamais les mettre à exécution. Il faut attendre mon séjour chez mes parents au moment du déménagement à L. pour que je me décide à passer à l'acte. C'est le 31 juillet 2009. Je prends un couteau à steaks dans la cuisine et m'éloigne dans les champs pour m'ouvrir les veines mais je n'y arrive pas. Comprenant que cette tentative est ratée, je décroche le téléphone qui sonne : c'est H. qui m'appelle depuis la maison parce qu'elle s'inquiète et je décide de jouer le jeux et de revenir. Bref passage aux urgences, la psy de service refuse de m'hospitaliser mais me conseil de passer la période de transition dans ma famille.

Je ne sais pas à quand ça remonte, mais depuis longtemps je ressens des pulsions de mort, ou plus précisément de suicide. C'est par exemple l'envie de me jeter sous les roues d'un métro à Paris, d'un tramway ou d'un train à B. ou d'un point en hauteur comme le château de B(...), la tour P. B. à B. ou des falaises comme lors de la randonnée au moulin du Saut avec l'Hôpital de Jour. C'est aussi le fantasme de m'ouvrir les veines à avec un couteau bien tranchant comme ceux pour le pain, y compris dans la cuisine de l'HdJ...

Au début de l'année 2009, a commencé à apparaître une petite voix intérieure mais peu contrôlée qui m'annonçait ma mort. Elle a finit par s'intensifier jusqu'à devenir obsédante. Progressivement, elle s'est étendue à d'autres personnes, des proches pour la plupart. Ces fantasme de mort ne datent pas d'hier. Plus jeune lorsque ma famille allait voir ma tante et ma Grand-Mère maternelle avec lesquelles j'étais brouillé et que je gardais ma Grand-Mère paternelle, je fantasmais déjà leur mort dans un accident de voiture. Je la fantasmais parce que j'avais envie de changer de vie et que je ne voyais pas d'autre moyens de le faire qu'en les « tuant ». Maintenant que je suis avec Hélène et que je l'ai fait, ce n'est plus un problème et je la crains surtout, comme pour ma Grand-Mère.


J'ai toujours été obsédé par l'idée de perdre un bout de moi même. C'est pour ça que j'archive consciencieusement mes vieilles revues et objets personnels. Je garde les vieux objets comme des reliques et vit dans la terreur d'un crash de disque dur de mon ordinateur comme cela à failli arriver sur mon premier ordinateur. C'est pour ça que je multiplie toujours les sauvegardes de mes données personnelles les plus importantes. La crainte de la mort en est le prolongement : j'ai peur de perdre mes proches, de ne pas en avoir assez profité et de les voir partir trop tôt. C'est pour ça que je tiens tant à fêter Noël en famille. C'est encore plus vrai depuis que je suis installé à L.

Voila. Depuis, ma Grand Mère a fêté ses 100ans et toujours pas disposée à mourir mais je fantasme toujours sur la mort...

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