C'est vrai que ma maladie ne se manifeste pas de manière très spectaculaire : ni véritables hallucinations ni bouffées délirantes aiguës (BDA). Juste des symptômes négatifs et une tentative de suicide à mon actif...
Pourtant il y a quelques comportements qui trahissent ma différence : par exemple dans ma façon de m'exprimer à l'oral lorsque je suis en décalage avec mon interlocuteur et qu'il ne comprend pas où je veux en venir parce que je ne lui donne pas toutes les clefs pour qu'il puisse rebondir.
Et puis il y a certaines fautes d'inattention que personne d'autre que moi n'aurait fait mais que je fais quand même. Inutile de préciser l'anecdote à partir de laquelle je tire cette réflexion, mais toujours est-il que hier matin j'ai commis une maladresse qui a failli provoquer une catastrophe nucléaire si cela s'était passé dans une centrale électrique. Ce qui m'ennuie dans cet incident, ce n'est pas mon erreur en elle-même -c'est toujours par les erreurs qu'on apprend le mieux- mais plutôt le fait qu'aucune des sécurités qui auraient dû m'en empêcher n'a fonctionné et que je l'ai finalement faite, tout en réalisant aussi que je suis capable de la refaire ! Et c'est là que réside ma folie parce que je suis capable d'aberrations qu'un non-malade ne ferait pas !
La folie n'est ni un état, ni une maladie, c'est plus une réaction, l'expression d'une sensibilité aux anomalies d'un monde déséquilibrant.
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